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[Del Valle] Le combat de l’Egypte face aux Frères-musulmans, aux jihadistes… et aux attaques des “progressistes” du Parlement européen

Abdelrahim Ali, écrivain islamologue et patron de presse égyptien, par ailleurs député honoraire du Parlement égyptien, président du Centre d’Etudes sur le Moyen Orient (CEMO), répond au Parlement européen, qui, quelque jours à peine après la COP 27 qui s’est déroulée à Charm al-Cheikh en Egypte, a accusé ce grand pays arabe — en pleine guerre contre le terrorisme jihadiste et les Frères musulmans — d’emprisonner des militants politiques et défenseurs des droits de l’homme. Le point sur une polémique déjà ancienne qui oppose, depuis son accession au pouvoir en 2014 à la suite d’un coup d’Etat et d’immenses manifestations populaires anti-Frères musulmans, le Président al-Sissi aux démocraties occidentales, la gauche européenne en général et les écologistes verts-rouges en particulier… Souvent idiots utiles de l’islamisme radical au nom de “l’intersectionnalité des luttes”.

Alexandre Del Valle. Monsieur le député, la résolution du Parlement européen, proposée par le groupe des Verts européens et voté par l’ensemble de la gauche européenne, dénonce notamment le fait que l’état d’urgence en vigueur depuis 2017 n’a pas été levé. Pourquoi ?
Abdelrahim Ali. Je précise tout d’abord que le Président Abdelfattah al-Sissi n’est pas arrivé avec un “coup d’Etat”, mais à la demande de 30 millions d’Egyptiens qui manifestaient pour exiger le départ des Frères musulmans qui menaient le pays à la catastrophe… Le Parlement européen a commis une erreur en portant cette accusation contre l’Égypte, car l’état d’urgence a été levé le 25 octobre 2020. Il tire ses informations des Frères, qui mènent une guerre acharnée contre l’Égypte afin de tenter de revenir au pouvoir. La résolution manque de de crédibilité et se fonde sur des fausses informations.

La poursuite des procès de masse et des arrestations massives ?
Ce discours ne prend pas en considération ce qui se passe en Egypte aujourd’hui : car après le cauchemar du terrorisme qui pesait depuis des décennies sur la vie du peuple égyptien, nous avons entamé depuis des mois un dialogue national ouvert à tous les courants politiques, pour retrouver ensemble les voies de la liberté, et contribuer effectivement ensemble à définir les visions proposées par tous les courants politiques, pour un avenir que nous espérons meilleur. Un comité d’amnistie présidentiel a été formé depuis avril et a déjà libéré 1 148 personnes dont de grands noms comme l’avocat et ex-parlementaire Ziyad Al-Alimi et l’ingénieurYahya Hussein AbdelHadi, fondateur du Mouvement des droits civiques, sans oublier les activistes politiques Hussam Moanes et Shadi Muhammad.

D’après le Parlement européen, la loi égyptienne sur les organisations non gouvernementales de 2019, la loi sur les délits informatiques de 2018, celle sur les entités terroristes de 2015 puis celle sur les rassemblements publics et les manifestations pacifiques de 2013 sont défectueuses ?
Ces lois répondaient aux impératifs d’une période sensible de l’histoire de l’Égypte, qui, de 2013 à la fin de 2020, a dû faire face à un terrorisme féroce et à des tentatives de renversement, soutenues par des puissances internationales et régionales et fomentées par les Frères musulmans, Daëch et Al-Qaïda.
Dans cette période, l’Égypte a connu 12 000 attentats terroristes ! Outre les victimes civiles, musulmans et chrétiens, plus de 3 500 policiers et militaires ont trouvé la mort au cours de ces attentats. Sans compter la destruction totale des infrastructures, des transformateurs électriques et des réseaux d’alimentation de gaz naturel. Les Frères cherchaient à reprendre le pouvoir sur les corps des martyrs du peuple égyptien…
D’ailleurs, à la fin de 2020, l’état d’urgence a été aboli et nous avons entamé un dialogue national, et nous examinons actuellement ces lois d’exception. Les militants et associations sont sur le point de faire une percée décisive dans le domaine des droits de l’homme et la liberté d’expression. C’est ce que le Parlement européen n’a pas vu, puisqu’il s’est basé sur les rapports tendancieux de la Confrérie.

Pourquoi le gouvernement égyptien a-t-il emprisonné, selon la Commission égyptienne des droits et libertés, 734 personnes dans 18 gouvernorats entre le 1er octobre et le 14 novembre 2022, en vue de la COP27 ?
Pendant que l’Egypte organisait la Cop 27, les Frères musulmans ont appelé au soulèvement et à la révolution le 11 novembre puis ont encouragé leurs partisans à la violence et aux sabotages. Les services de sécurité ont fait leur devoir en avertissant tous ceux qui ont appelé au meurtre et au vandalisme sur les réseaux sociaux puis en les déférant devant la justice. Les arrestations et détentions et autres mesures sécuritaires ont visé à éviter le chaos désiré et préparé par la Confrérie et soutenus par certains participants officiels de la COP 27…

Pourquoi les appels du Parlement européen et du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme à libérer Alaa Abdel-Fattah, sont-ils restés sans réponse ?
Quant au cas devenu emblématique d’Alaa Abdel Fattah, vous ne pouvez pas exiger d’un pays souverain, doté d’un pouvoir judiciaire indépendant et d’un parlement élu, qu’il libère un individu condamné pour avoir à plusieurs reprises incité à tuer des militaires, prendre d’assaut le ministère de l’Intérieur puis encouragé à enlever et à assassiner les mères et les enfants, des officiers de la police et des forces armées. Alaa Abdel-Fattah appelait ouvertement à tuer des militaires et des policiers et à la prise d’assaut du ministère de l’Intérieur ainsi qu’à l’enlèvement d’enfants et de mères des officiers. Voici des tweets formulés et édités par Alaa lui-même : « Sans le feu mis aux commissariats de police, le ministère de l’Intérieur aurait bien reçu la leçon. les incendier, c’est prendre une mesure disciplinaire pacifique qui a épargné aux officiers d’être égorgés publiquement. » « Tant que les officiers nous sont hors de portée, pourquoi ne pas trouver une cellule terroriste qui tuerait leurs enfants et torturerait leurs mères. » « J’aimerais simplement faire savoir à ce mou de maréchal que nous allons intentionnellement faire tomber l’Egypte du haut de son piédestal. » « Aucune loi ne pouvait juger Sadate… L’assassiner était le seul moyen pour le châtier et stopper son injustice. »
On est loin des propos d’un militant des droits de l’homme…

Pourquoi le gouvernement égyptien a-t-il empêché les groupes indépendants de défense des droits de l’homme de participer à la COP27, par le biais d’un processus d’enregistrement contrôlé qui a filtré les groupes et associations critiques à l’égard du régime ?
Afin de manifester son profond respect des droits de l’homme, pendant la tenue de la COP 27, le gouvernement égyptien a autorisé les organisations de défense des Droits de l’Homme à rendre visite à leurs homologues en Égypte, à échanger avec eux à leur remettre leurs rapports et à tenir des réunions en commun. Ainsi ils ont organisé ensemble une conférence de presse internationale pour examiner le cas d’Alaa Abdel-Fattah et d’expliquer ses doléances sans ingérence du gouvernement. Et ce en plein cœur de la COP27 — en streaming — et en présence des chefs d’Etats d’associations et des institutions internationales dont certaines infiltrées par les propagandistes des Frères musulmans.

Mais des défenseurs des droits des femmes en Égypte, des militants LGBT et des citoyens coptes continuent d’être harcelés, intimidés, arrêtés et détenus ?
Non! sur ces différents sujets, nous assistons à des vraies avancées dans la pratique et dans les lois. Aujourd’hui, les femmes en Egypte jouissent de beaucoup de droits dont elles étaient privées auparavant. Regardez le nombre de femmes au Parlement et au Sénat. Elles représentent 25% du nombre de représentants du peuple égyptien et détiennent 5 portefeuilles ministériels. Quant à la question des homosexuels, sachez d’abord que notre culture ne reconnaît pas officiellement l’homosexualité, sans parler de l’hostilité du peuple égyptien, coptes et musulmans.Mais le gouvernement peut prendre certaines mesures juridiques pour les protéger des agissements de certains membres de la société qui seraient prêts d’aller jusqu’à la violence contre eux.

Le cas du chrétien Patrick George Zaki, qui reste interdit de voyage et détenu et jugé devant un tribunal spécial après avoir critiqué la politique de son gouvernement envers les Coptes, est tout de même ennuyeux ? Rappelons que Patrick George Zaki reste interdit de voyage, détenu et jugé devant un tribunal spécial après avoir critiqué la politique de son gouvernement envers les Coptes…
Vous évoquez le cas d’un Copte parmi les 20 millions vivant en Égypte à une époque où l’administration cherche à résoudre les problèmes confessionnels, dont celui de la construction et de la restauration des lieux de culte puis l’amélioration de la représentation des Coptes au parlement. Aujourd’hui, nous avons 59 députés à la Chambre des représentants et au Sénat, un nombre jamais égalé auparavant. Le président se déplace lui-même féliciter les coptes et participer à leurs fêtes aux églises, pour passer un message clair aux islamistes et aux Frères-musulmans, selon lequel l’Égypte est pour tous les Égyptiens. Aux milieux de ces efforts, certains pointent les attentats contre les coptes pour accuser le gouvernement de les persécuter. Ils font semblant d’oublier que les terroristes islamistes ont tué 3500 officiers et soldats et pris d’assaut une mosquée faisant 430 martyrs, dont des femmes et des enfants. La vérité est que Zaki a été déféré devant le tribunal d’urgence pour la sécurité d’État pour avoir « publié de fausses informations à l’intérieur et à l’extérieur de l’Égypte. » L’accusation est basée sur un article qu’il a publié sur le site d’information DARAJ en juillet 2019 intitulé Déplacement, meurtre et restriction : Journal d’une semaine dans la vie des Coptes d’Égypte. Il est le seul activiste politique copte en prison parmi 20 millions de coptes égyptiens…

Le Parlement européen regrette profondément l’absence persistante des droits et libertés politiques fondamentaux en Égypte, y compris dans le cadre de la COP27 et regrette que la COP27 n’ait pas réussi à améliorer la situation des droits de l’homme.
Je dois parler également de l’arrestation de plus d’un millier de personnes pendant la période qui a précédé et pendant la conférence sur le climat, et je vous demande : qu’auriez-vous fait si vous étiez responsable d’un grand pays de la taille de l’Égypte qui accueille une conférence internationale à laquelle ont participé 190 chefs d’État, des milliers de membres de délégations de ces pays, de grandes organisations internationales et qui affronte un groupe terroriste appelant à la révolution pendant la conférence ? Les activistes ont choisi la COP 27 pour embarrasser l’Egypte devant le monde. Ils ont été présentées au Parquet, conformément à la loi. Certains ont été libérés et d’autres toujours détenus.

Le Parlement européen condamne fermement la détention provisoire arbitraire de milliers de prisonniers d’opinion en Égypte, dont beaucoup se trouvent dans des conditions inhumaines sans accès à un procès équitable et sans pouvoir exercer leurs droits fondamentaux, comme dans les prisons de Wadi al-Natroun et de Badr. Il déplore que seule une petite partie des prisonniers politiques ont été libérés ou graciés par la Commission présidentielle d’amnistie en avril 2022, soit entre 800 et 1 000 prisonniers libérés lors d’une détention provisoire arbitraire. Il confirme que, selon des ONG égyptiennes et Amnesty International, 1953 Égyptiens ont été arbitrairement arrêtés et détenus depuis.
En ce qui concerne le cas du meurtre du chercheur universitaire Giulio Regeni. Les autorités italiennes ont été informées des éléments de l’enquête par les enquêteurs égyptiens. Nous avons en Égypte des dizaines de milliers d’étudiants étrangers qui étudient dans diverses universités. Nous aidons les autorités italiennes à éclaircir les conditions d’enlèvement de ce chercheur – qui a été torturé et massacré – et pour retrouver les responsables de ce crime odieux.

Le Parlement européen réitère son appel aux autorités égyptiennes pour qu’elles clôturent l’affaire 173/2011, connue sous le nom de « Financement étranger » et pour lever les interdictions de voyager et le gel des avoirs de 31 employés d’ONG défenseurs des droits de l’homme.
£Le Parlement européen méconnaît les faits lorsqu’il accuse l’Egypte de discrimination entre les musulmans et chrétiens. En effet, ce dossier a connu une évolution très positive et constitue l’une des priorités du dialogue national avec celui de la réforme de la loi sur les associations. Quant aux financements étrangers des associations, j’affirme que 90% des procès ont été clos. Les accusés ont été libérés, laissant seulement 31 personnes dont l’enquête suit son cours.

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Author: Valeurs Actuelles