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Constitutionnalisation de l’IVG : les revirements du RN face au piège insoumis

Si elle avait pu tenir sa place dans l’Hémicycle, Marine Le Pen aurait très certainement appuyé elle-même sur le bouton “Pour” de son boîtier électronique noir situé à l’avant de son pupitre boisé, siège 35. Mais jeudi après-midi, la présidente du groupe RN à l’Assemblée avait, selon son équipe, une « obligation médicale ». Le compte-rendu de vote de l’Assemblée assure pourtant que Marine Le Pen figurait bien parmi les 38 députés RN à s’être exprimés en faveur de l’adoption de la proposition de loi sur l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution, comme réclamée par la France insoumise depuis plusieurs semaines.

Usurpation d’identité ? Vote par procuration ? Le groupe plaide la maladresse. C’est Jean-Philippe Tanguy, numéro deux dans l’organigramme, qui a vendu la mèche : le député de la Somme, visage du RN nouveau mais surtout voisin d’Hémicycle de Marine Le Pen, se serait trompé de place au moment du vote ! Dernier imbroglio symbolique d’une semaine parlementaire agitée, où les positions insaisissables du Rassemblement national et de sa plus illustre représentante ont parfois interrogé.

Sur les sujets sociétaux, Marine Le Pen a toujours fait preuve de pragmatisme. Aujourd’hui, elle est dans l’opportunisme politique

Lundi, Marine Le Pen dépose, seule, un amendement au texte insoumis. La candidate malheureuse à l’élection présidentielle, jusqu’alors opposée à une constitutionnalisation de l’IVG, fait volte-face. Elle propose désormais de monter au niveau constitutionnel « les dispositions actuelles sur l’avortement » comme inscrit dans le code de santé publique. Une manière, selon son équipe, de « préserver l’équilibre actuel » face à une proposition insoumise qui, dans sa version initiale, remettrait en cause la clause de conscience du personnel médical et ouvrirait la porte à de futures augmentations des délais maximum autorisés. « On a voulu corriger les conneries rédactionnelles des insoumis », tance l’entourage de la présidente.

Un “équilibre actuel” qui intègre donc l’allongement du délai légal de l’IVG à 14 semaines de grossesse, voté par l’Assemblée nationale en février dernier. Une proposition à laquelle s’était alors opposée… Marine Le Pen. Reniement idéologique ? « Ce n’est que de la politique », souffle un député, rappelant que la proposition de loi constitutionnelle votée jeudi a, en l’état, peu de chances d’être soutenue par le Sénat. « Les 14 semaines, c’est quand même une concession importante », note le député LR Marc Le Fur. « Sur les sujets sociétaux, Marine Le Pen a toujours fait preuve de pragmatisme. Aujourd’hui, elle est dans l’opportunisme politique, regrette pour sa part Ludovine de la Rochère, présidente de La Manif pour tous. Et je ne vois même pas ce qu’elle a à y gagner électoralement. »

La liberté de vote, mais à quel prix ?

Pour le Rassemblement national, l’enjeu est pourtant évident : le parti cherche à décoller le plus proprement possible l’étiquette d’anti-IVG longtemps accolée à son nom par ses opposants. Alliés de circonstances, les députés Nupes et Ensemble ont multiplié les allusions aux liens d’amitié supposés entre le RN et l’américain Donald Trump, l’italienne Giorgia Meloni ou le hongrois Viktor Orban. Comprenez : des figures politiques favorables à des réglementations en matière d’accès à l’avortement bien plus restrictives qu’en France, qui demeure le pays où l’IVG est le plus pratiqué en Europe, avec plus de 220 000 procédures par an. Autant de parallèles jugés infondés et malhonnêtes par Marine Le Pen. « Il apparaît tout à fait décalé d’ouvrir un débat qui, s’il existe aux États-Unis, n’existe pas en France, aucune force politique n’envisageant de remettre en cause l’accès à l’IVG. »

Jeudi après-midi, 23 députés RN ont tout de même voté contre la proposition de loi constitutionnelle (13 se sont abstenus). Proposition délestée de la mention « d’accès à la contraception » que les insoumis souhaitaient également voir être garantie par la Constitution. Une modification apportée par le groupe MoDem et soutenue par Marine Le Pen, qui a finalement décidé de retirer son amendement personnel, considérant que la suppression de la formule en question permettait d’éviter, en principe, de futures dérives.

Ces 23 votes “contre” feraient-ils tache dans la stratégie de dédiabolisation mariniste ? En interne, on assure que la liberté de vote sur les sujets sociétaux, consigne si chère à Marine Le Pen, est toujours d’actualité. Une liberté aux conséquences politiques limitées à 7 députés. A 89, c’est une autre histoire. La consigne qui aurait certainement été mis à l’épreuve si la proposition d’abolition de la corrida portée par l’antispéciste Aymeric Caron n’avait pas été supprimé à la surprise générale par l’Etat-major de La France insoumise. Au sein des rangs RN, une petite quinzaine de députés pro-corrida farouches, principalement issus des région taurines, étaient prêts à partir au combat contre leurs collégues marinistes. Avec l’arrivée prochaine du débat sur la fin de vie souhaité par Emmanuel Macron, nul doute que de nouvelles divergences internes au sein du »premier parti d’opposition du pays » seront particulièrement scrutées.

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Author: Valeurs Actuelles