Valeurs Actuelles relais de brèves

[Bigot] “Qatargate” : faut-il boycotter le Parlement européen ?

Que s’est-il passé au Parlement européen pour que tout Bruxelles bruisse de cette expression de “Qatargate” ?

Tout part de l’arrestation d’une députée européenne, Eva Kaïli, ancienne présentatrice du JT à Athènes, qui était aussi l’une des 14 vice-présidentes du Parlement européen. Cette ex-star montante du Pasok, le parti socialiste grec, a été arrêtée parce que son père a été pris en flagrant délit avec des valises de billets. Tout un système de corruption a été mis au jour, impliquant au moins trois personnes, et 600 000 euros en liquide ont été saisis. Même si Doha nie en bloc, le corrupteur ne serait autre que le Qatar. Eva Kaïli a été écrouée tandis que son parti ainsi le Parlement européen l’ont démise de tous ses mandats.

Une ambiance d’impunité au sein des institutions européennes

Bien sûr, aucune institution, aucun parlement dans le monde n’est à l’abri de la corruption. Cependant, il faut signaler que c’est la police belge et non les institutions européennes qui ont confondu et arrêté Eva Kaïli. Ce qui devrait nous conduire à nous interroger sur l’immunité parlementaire dont bénéficient les députés européens mais aussi sur l’immunité diplomatique dont bénéficient les fonctionnaires européens, ceci dans un cadre où il n’y a ni État, ni pouvoir judiciaire, ni police européenne. L’Union européenne ignore les fondements de la responsabilité juridique et de la séparation des pouvoirs, mais cela ne l’empêche nullement de donner des leçons d’État de droit à la terre entière !

Certes, récemment, l’Union a créé un parquet mais uniquement pour poursuivre les fraudes dans l’utilisation des fonds européens par les États membres. Or, en une année seulement d’existence, plus de 900 enquêtes ont déjà ouvert et 259 millions d’euros saisis. Selon le parquet européen lui-même, très peu de faits sont détectés et d’après l’ONG Transparency International, il règne une ambiance d’impunité au sein des institutions européennes. Une ambiance… Comme ces choses-là sont bien dites alors que tous les lobbies de la terre sont chez eux à Bruxelles. La plupart d’entre eux n’ont d’ailleurs aucun besoin de violer la loi belge pour manipuler les acteurs de ce théâtre d’ombres qu’est l’eurocratie post-démocratique bruxelloise.

Mais le Qatar a jugé plus sûr de payer cash de l’influence. Cette semaine, si ce “Qatargate” n’avait pas éclaté, le Parlement européen allait examiner la possibilité de lever l’obligation de visa pour les ressortissants qataris. Un vote pour lequel Mme Kaïli allait évidemment être en pointe pour défendre Doha. Par ailleurs, on comprend mieux pourquoi la vice-présidente du Parlement européen a osé défendre le Qatar comme modèle en matière de droit du travail. Les familles des 6 500 travailleurs immigrés victimes d’accidents mortels en construisant les stades du Mondial au Qatar apprécieront.

La Fifa contrainte de modifier son calendrier pour le Qatar

Il serait évidemment tentant de relier le débat sur le boycott du Qatar avec ce “Qatargate”. Nul ne saurait accuser le président Sarkozy ou Michel Platini, qui était à l’époque à la tête de l’UEFA, eux qui, en 2010, ont joué l’un et l’autre un rôle décisif dans le choix de Doha pour organiser la Coupe du monde. Mais on est en droit de se demander pourquoi la France et ensuite la Fifa ont à ce point milité en faveur du Qatar ? Sûrement pas parce que ce micro-État du Golfe était un paradis des travailleurs ou qu’il protégeait le droit des femmes ou parce qu’il était spécialement gay friendly… Sans doute pas non plus pour ses vertus écologiques. Ce pays étant incapable d’accueillir en plein été le Mondial, la Fifa a même été contrainte de modifier son calendrier pour lui permettre de l’organiser dans des températures tolérables. Je crois que l’on aurait été moins accommodant avec la Mauritanie ou avec le Niger, mais je suis sûrement mauvaise langue.

Bien d’autres pays arabes auraient eu plus de légitimité à accueillir la Coupe du monde, ayant plus de profondeur historique ou culturelle ou tout simplement étant plus peuplés, comme l’Égypte, le Maroc ou la Jordanie. Force est en tout cas de constater que ce petit émirat gazier sait se montrer extrêmement généreux avec ceux qui le favorisent. Mais pas besoin d’aller au Qatar pour trouver des clandestins sur des chantiers sportifs. D’après le Monde, des sans-papiers participent à la construction du village olympique pour Paris 2024. Pas besoin non plus de corruption pour voir un pays confier ses intérêts à un autre, puisque le président Macron a confié au chancelier Scholz le soin de défendre les intérêts français lors du sommet entre l’Union européenne et l’Asie du Sud-Est.

Allez, au feu Montesquieu et Rousseau, et vive la souveraineté post-démocratique européenne !

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Author: Valeurs Actuelles
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[Bigot] “Qatargate” : faut-il boycotter le Parlement européen ?

Que s’est-il passé au Parlement européen pour que tout Bruxelles bruisse de cette expression de “Qatargate” ?

Tout part de l’arrestation d’une députée européenne, Eva Kaïli, ancienne présentatrice du JT à Athènes, qui était aussi l’une des 14 vice-présidentes du Parlement européen. Cette ex-star montante du Pasok, le parti socialiste grec, a été arrêtée parce que son père a été pris en flagrant délit avec des valises de billets. Tout un système de corruption a été mis au jour, impliquant au moins trois personnes, et 600 000 euros en liquide ont été saisis. Même si Doha nie en bloc, le corrupteur ne serait autre que le Qatar. Eva Kaïli a été écrouée tandis que son parti ainsi le Parlement européen l’ont démise de tous ses mandats.

Une ambiance d’impunité au sein des institutions européennes

Bien sûr, aucune institution, aucun parlement dans le monde n’est à l’abri de la corruption. Cependant, il faut signaler que c’est la police belge et non les institutions européennes qui ont confondu et arrêté Eva Kaïli. Ce qui devrait nous conduire à nous interroger sur l’immunité parlementaire dont bénéficient les députés européens mais aussi sur l’immunité diplomatique dont bénéficient les fonctionnaires européens, ceci dans un cadre où il n’y a ni État, ni pouvoir judiciaire, ni police européenne. L’Union européenne ignore les fondements de la responsabilité juridique et de la séparation des pouvoirs, mais cela ne l’empêche nullement de donner des leçons d’État de droit à la terre entière !

Certes, récemment, l’Union a créé un parquet mais uniquement pour poursuivre les fraudes dans l’utilisation des fonds européens par les États membres. Or, en une année seulement d’existence, plus de 900 enquêtes ont déjà ouvert et 259 millions d’euros saisis. Selon le parquet européen lui-même, très peu de faits sont détectés et d’après l’ONG Transparency International, il règne une ambiance d’impunité au sein des institutions européennes. Une ambiance… Comme ces choses-là sont bien dites alors que tous les lobbies de la terre sont chez eux à Bruxelles. La plupart d’entre eux n’ont d’ailleurs aucun besoin de violer la loi belge pour manipuler les acteurs de ce théâtre d’ombres qu’est l’eurocratie post-démocratique bruxelloise.

Mais le Qatar a jugé plus sûr de payer cash de l’influence. Cette semaine, si ce “Qatargate” n’avait pas éclaté, le Parlement européen allait examiner la possibilité de lever l’obligation de visa pour les ressortissants qataris. Un vote pour lequel Mme Kaïli allait évidemment être en pointe pour défendre Doha. Par ailleurs, on comprend mieux pourquoi la vice-présidente du Parlement européen a osé défendre le Qatar comme modèle en matière de droit du travail. Les familles des 6 500 travailleurs immigrés victimes d’accidents mortels en construisant les stades du Mondial au Qatar apprécieront.

La Fifa contrainte de modifier son calendrier pour le Qatar

Il serait évidemment tentant de relier le débat sur le boycott du Qatar avec ce “Qatargate”. Nul ne saurait accuser le président Sarkozy ou Michel Platini, qui était à l’époque à la tête de l’UEFA, eux qui, en 2010, ont joué l’un et l’autre un rôle décisif dans le choix de Doha pour organiser la Coupe du monde. Mais on est en droit de se demander pourquoi la France et ensuite la Fifa ont à ce point milité en faveur du Qatar ? Sûrement pas parce que ce micro-État du Golfe était un paradis des travailleurs ou qu’il protégeait le droit des femmes ou parce qu’il était spécialement gay friendly… Sans doute pas non plus pour ses vertus écologiques. Ce pays étant incapable d’accueillir en plein été le Mondial, la Fifa a même été contrainte de modifier son calendrier pour lui permettre de l’organiser dans des températures tolérables. Je crois que l’on aurait été moins accommodant avec la Mauritanie ou avec le Niger, mais je suis sûrement mauvaise langue.

Bien d’autres pays arabes auraient eu plus de légitimité à accueillir la Coupe du monde, ayant plus de profondeur historique ou culturelle ou tout simplement étant plus peuplés, comme l’Égypte, le Maroc ou la Jordanie. Force est en tout cas de constater que ce petit émirat gazier sait se montrer extrêmement généreux avec ceux qui le favorisent. Mais pas besoin d’aller au Qatar pour trouver des clandestins sur des chantiers sportifs. D’après le Monde, des sans-papiers participent à la construction du village olympique pour Paris 2024. Pas besoin non plus de corruption pour voir un pays confier ses intérêts à un autre, puisque le président Macron a confié au chancelier Scholz le soin de défendre les intérêts français lors du sommet entre l’Union européenne et l’Asie du Sud-Est.

Allez, au feu Montesquieu et Rousseau, et vive la souveraineté post-démocratique européenne !

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