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[Bigot] Crise énergétique : les raisons d’un fiasco

La pénurie d’électricité à laquelle les autorités nous préparent lentement mais sûrement doit être analysée comme l’une des manifestations d’une crise énergétique globale qui se manifeste aussi par une envolée des prix de l’énergie.

Cette crise énergétique procède de trois causes distinctes qui se synchronisent de manière diabolique. Pour bien le comprendre, commençons par expliquer comment l’inflation des prix de l’énergie nous appauvrie. Si le prix de l’énergie augmente, tous les prix augmentent. Et comme nos salaires et nos revenus, eux, n’augmentent pas, nous sommes donc confrontés à un choix.

Soit, nous produisons, nous consommons, nous nous chauffons moins, c’est la fameuse sobriété mais celle-ci tend aussi à ralentir la croissance. Soit, sans réduire nos besoins, nous payons plus cher notre énergie.

Les raisons de l’envolée des prix de l’énergie

Mais dans les deux cas, nous nous appauvrissons. Et tant que nous ne nous attaquons pas aux racines de cette crise, nous ne pourrons stopper cette récession par inflation énergétique. Alors, pourquoi le prix de l’énergie s’est mis ainsi à flamber?

D’abord, en raison de la guerre en Ukraine et de ses effets en cascade (sanctions puis spéculations), c’est la première raison. C’est ce que le président Macron a appelé « le prix de la liberté ». La Russie envahit l’Ukraine. Pour la punir, les Occidentaux décident de ne plus lui acheter son gaz ni son pétrole. En représailles, la Russie décide de couper son robinet de gaz. Enfin, pour être sûr que plus personne ne change d’avis, les États-Unis (qui d’autre ?) sabotent les pipe-lines sous-marins qui approvisionnaient l’Allemagne.

Une autre manière de décrire ce qui s’est passé depuis l’invasion de l’Ukraine, c’est le célèbre gag de la tarte à la crème dans les films de Charlie Chaplin. Biden vise Poutine avec ses sanctions (la tarte à la crème). Poutine esquive (la hausse des prix l’avantage) et c’est Scholz et l’UE qui prennent la tarte (les effets des sanctions). Si je dois couper le gaz dans la cuisine, c’est donc indirectement de la faute à Poutine.

Mais il y a une deuxième raison à cette envolée des prix de l’énergie, c’est l’existence du marché européen de l’électricité et l’aveuglement idéologique du gouvernement français qui refuse obstinément d’en sortir, exactement comme il avait refusé de fermer les frontières pendant la crise sanitaire ou comme il refuse de sortir de la CEDH ou de Schengen pour maîtriser les flux migratoires. Reprenons.

Emmanuel Macron a volontairement abimé notre filière nucléaire.

Sanctionner la Russie, c’était forcément prendre le risque d’acheter plus cher son gaz et son pétrole. Ce n’était pas nécessairement faire flamber le prix d’électricité. Seule l’existence de ce marché européen de l’électricité explique que la flambée des prix du gaz entraîne celle du prix de l’électricité. Ce marché unifié de l’électricité est, c’est le cas de l’écrire, une véritable usine à gaz. Sur le papier, cette construction juridique et économique est censée favoriser la concurrence, la solidarité européenne et l’écologie.
En pratique, ce mécanisme de fixation du prix de l’électricité a surtout pour effet d’indexer le kilowattheure, partout en Europe, sur le prix du gaz, que ce kilowattheure soit produit par de l’éolien, du nucléaire ou du charbon.

En sanctionnant la Russie sans sortir ou sans aménager préalablement son marché de l’électricité, l’Union Européenne s’est donc tiré une balle dans les deux pieds. En même temps comme dirait l’autre. À ce stade, vous-vous dites qu’un gouvernement n’a tout de même pas couru le risque de déclencher une double inflation des prix des énergies fossiles et de l’électricité s’en s’assurer, au préalable, que son parc nucléaire fonctionnait correctement.

Vous-vous dites que nos dirigeants n’ont tout de même pas pris le risque d’ajouter la pénurie (le manque de quantité d’énergie) à la dèche (l’envolée des prix) ? Eh bien si. Et nous découvrons ici la troisième raison.

Pour faire écolo, pour faire européen et par pure bêtise, nous avons tout bradé, tout annulé, tout démantibulé, tout laissé se corroder.

Par électoralisme (complaire à EELV), par européisme (Fessenheim, c’est proche de la frontière allemande comme l’a avoué Emmanuel Macron mais aussi car produire 70 % d’électricité nucléaire c’était une anomalie à corriger au plus vite comme nous l’expliquait le même), mais aussi par écologisme (soi-disant favoriser des énergies décarbonées), Emmanuel Macron a volontairement abimé notre filière nucléaire.

Fantasmes infantiles de puissance européenne

Quelle ironie ! Quel scandale ! Lorsque l’on songe que l’énergie nucléaire est plus propre que celle produite par l’éolien ou le solaire, que nous avions une avance décisive dans la production d’une énergie bon marché et décarbonée, que nous étions en mesure d’aider nos partenaires européens, on est effaré.

Car pour faire écolo, pour faire européen et par pure bêtise, nous avons tout bradé, tout annulé, tout démantibulé, tout laissé se corroder, on est saisi de vertiges.

Parfois l’impensable arrive… En effet, surtout lorsque que l’on ne pense pas. Surtout lorsque l’on prend ses fantasmes infantiles de puissance européenne pour des réalités. Surtout lorsque l’on exerce tout son poids de président de la Ve République pour que l’État cesse d’être stratège pour devenir bavard pour reprendre les termes utilisés par Yves Bréchet, l’ancien Haut-Commissaire à l’énergie atomique qui a livré un témoignage implacable devant le Sénat sur les tenants et les aboutissants de ce qui ressemble au sabotage de notre filière électronucléaire par la caste de techno-communiquants ineptes qui nous dirige.

La « bête de l’évènement », ce ne sont pas seulement des coupures impensables que l’on est en train de préparer en catimini, c’est surtout le reflet de l’insondable bêtise de ceux qui nous gouvernent. « Je baisse, j’éteins, je décale ». Ceux qui nous dirigent ont effectivement baissé leur garde, éteint leur intelligence et tentent, à présent, de décaler leur responsabilité sur les citoyens en cherchant à les culpabiliser. Si tout le monde s’y met, si les citoyens font un effort, on passera…

Pour terminer, qui a eu la brillante idée de financer, sur les deniers du contribuable français, la transition énergétique de l’Afrique du Sud pour qu’elle sorte du charbon ? Le même Etat qui après avoir fermé des centrales nucléaires est, aujourd’hui, obligé de se fournir en charbon auprès de l’Afrique du Sud. A sa tête, notre Jean-Sébastien Bach de la géopolitique.

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Author: Valeurs Actuelles