Valeurs Actuelles relais de brèves

[Benedetti] Ce grand déclassement qu’Emmanuel Macron ne veut pas voir

« Pas de panique » a lancé des États-Unis le Président de la République alors qu’une semaine durant sa Première ministre et nombre d’autres ministres ont envoyé des signaux peu rassurants sur les capacités électriques nationales à affronter l’hiver. Comme d’habitude l’exécutif, y compris un Emmanuel Macron en appelant au sang-froid, a néanmoins incité les Français à la responsabilité énergétique. En d’autres termes, nos concitoyens sont sommés de privilégier au quotidien une consommation frugale et économe. Dans le même temps quelques « influenceurs »proches du pouvoir n’hésitent pas dans les médias à comparer notre situation à celle moins beaucoup moins confortable d’autres pays… dont la plupart évidemment ne disposent pas du même niveau niveau de développement, encore moins de la même histoire.

La ficelle propagandiste est à peine dissimulée… La réalité est évidemment, encore une fois, bien éloignée du récit politico-médiatique que d’aucuns souhaiteraient servir à une opinion dont ils espèrent qu’elle acceptera, encore une fois, la potion amère qu’on s’apprête à lui administrer. Tout dans ce dossier énergétique traduit les errements d’une classe dirigeante qui a abandonné son « poste de combat » pour reprendre la formule lumineuse de l’historien Marc Bloch scrutant les raisons de la débâcle de Juin 40. La France avait quelque raison encore de se penser comme une grande Nation : son système de santé était considéré comme l’un des meilleurs, voire le meilleur du monde, sa filière nucléaire lui fournissait son indépendance énergétique, etc… À ces motifs de fierté, il faudrait rajouter son système éducatif qui avait permis la démocratisation de l’enseignement supérieur et fabriquer des citoyens dotés d’une conscience civique ou également des atouts  technologiques comme les fleurons spatiaux dont le Centre National d’études spatiales constituait dans ce domaine la pointe avancée.

Fustigeant la négligence d’État, le court-termisme électoraliste, l’absence de culture scientifique des cabinets ministériels, dénonçant quelque part ce que Pierre Bourdieu appelait « l’ignorance de ceux qui ignorent jusqu’à leur propre ignorance », l’audition Yves Bréchet sonne comme l’un de ces moments de vérité de notre vie démocratique.

L’épidémie a battu en brèches l’idée de notre excellence sanitaire, l’hiver approchant et la guerre en Ukraine révèlent les difficultés majeures auxquelles le pays risque d’être confronté en matière d’approvisionnement en électricité, les classements Pisa de l’OCDE disent l’effondrement du niveau scolaire moyen, la France n’est plus, loin de là, la première puissance spatiale en Europe… Ce ne sont pas là de minces indicateurs, mais bien au contraire, des paramètres qui démontrent au grand jour le grand déclassement français, relativisé par le mainstream médiatique, et nié par les thuriféraires de l’optimisme oligarchique qui sont ceux-là mêmes qui depuis des décennies ont conduit à ce déclin. Le dossier énergétique est le plus spectaculairement révélateur de cette chute vertigineuse.

Yves Bréchet, ancien Haut-commissaire au Commissariat à l’énergie atomique, a devant une commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur notre perte d’indépendance énergétique, fourni avec courage et honnêteté les clefs de cette situation chaotique. De François Hollande à Emmanuel Macron, la tactique politicienne, complaire aux verts, s’est substituée à la vision stratégique et à l’intérêt national. Jean-Bernard Lévy, ancien patron d’EDF, remercié pour avoir tout simplement dit la vérité sur les errements de l’État exigeant un jour le démantèlement des centrales, puis un autre jour leur réouverture avait déjà en Août devant le Medef mis en exergue les contradictions des gouvernements de ces dix dernières années. Yves Bréchet a apporté une pièce supplémentaire à un dossier déjà lourd , notamment en rappelant l’arrêt décidé en 2018 par Emmanuel Macron du programme de recherche « Astrid » dont l’objectif consistait à développer les réacteurs du futur. Fustigeant la négligence d’État, le court-termisme électoraliste, l’absence de culture scientifique des cabinets ministériels, dénonçant quelque part ce que Pierre Bourdieu appelait « l’ignorance de ceux qui ignorent jusqu’à leur propre ignorance », l’audition du  physicien et membre de l’Académie des sciences sonne comme l’un de ces moments de vérité de notre vie démocratique.  Elle mériterait la une médiatique, tant elle concentre par sa rigueur et son constat toutes les dérives d’une République qui ne connaît plus son passé, s’aveugle sur son présent et ne se projette dans l’avenir qu’avec le conformisme tremblant  de ses préjugés de l’instant,  en lieu et place du courage et de la lucidité, deux qualités  dont on pensait naïvement qu’elles étaient l’airain à l’intérieur duquel l’on  encore forge les chefs d’une Nation…

Lire la suite sur Valeurs Actuelles ...

Author: Valeurs Actuelles