Valeurs Actuelles relais de brèves

[Benedetti] Bonnet d’âne pour Pap Ndiaye

Un rapport de l’Education nationale confirme ce que tout enseignant est en mesure de constater : le niveau scolaire chute. Une note du ministère dévoile la baisse continue de la maîtrise orthographique, les enfants de CM2 en 2022 faisant le double de fautes de ceux scolarisés dans les mêmes classes en 1987. D’autres sources, cette fois-ci académiques, témoignent de l’affaiblissement des fondamentaux parmi les professeurs des écoles nouvellement recrutés : déficiences grammaticales, réduction du vocabulaire, conjugaison aléatoire, faiblesse de la culture générale. Les classements PISA opérés par l’OCDE répètent également et inlassablement ce constat d’ensemble, toutes les matières confondues : non seulement ils attestent de la dégradation de la maîtrise textuelle mais indiquent que désormais la France pour l’apprentissage des mathématiques est avant-dernière, juste devant… le Chili.

D’un arc allant du français à la culture générale en passant par la science, tous les voyants de la dégradation sont au rouge – ce qui n’exclut pas pour autant le maintien d’une infime élite dont on peut penser qu’elle finit par indexer sa domination sociale et politique sur la dégradation accélérée du niveau moyen de l’ensemble de la population. Le principal apport de la République fut d’abord éducatif ; pervertie par des décennies de pédagogisme, de prétendue lutte contre les discriminations et autres inégalités, l’Education nationale aura procédé depuis des décennies à une politique systématique de nivellement par le bas, de dispersion de la notion d’exigence qui avait fait le succès de l’école de la IIIème République, et de substitution d’une idéologie « sociétale » au devoir d’apprentissage et de transmission, clef de voûte de l’instruction publique. A cette diagonale de l’abandon se greffa la promesse chevènementiste de conduire plus de 80% d’une classe d’âge au baccalauréat – ce qui revint, effet involontaire sans doute de la part de son initiateur, à décerner et à certifier un diplôme en bois.

Le genre y est questionné dès le primaire quand dans le secondaire certaines associations pro-migrants ont table ouverte pour expliquer aux collégiens et aux lycéens leur action et prôner l’imprescriptibilité d’un devoir d’accueil sans réserve.

Tous ces facteurs conjugués ont généré les conditions d’une défaite éducative qui n’est autre que l’une des figures de notre malheur français. Immense malheur à vrai dire car il fomente, telle une boîte de Pandore dont on aurait imprudemment et dangereusement soulevée le couvercle, quelques uns des maux qui progressivement concourent à notre déclin et concomitamment à notre sortie de l’histoire. La dégénérescence de l’instruction nationale est à la racine d’un triple phénomène : le recul des humanités induit un recrutement dégradé des élites; le reflux d’un enseignement exigeant entraîne l’affaiblissement du sens national et de la compétence citoyenne; le nivellement freine, voire entrave la mobilité sociale, favorisant la reproduction oligarchique. La crise politique résulte aussi de ce processus crépusculaire; l’école n’est plus l’incubateur du savoir, elle est celui d’un magma idéologique où insidieusement d’aucuns y implémentent leurs projections militantes, sous le patronage bienveillant d’un ministre qui n’en dit rien mais y consent à peine secrètement, bien qu’il soit lui-même le produit d’une méritocratie que tout son arrière-fond idéologique tend néanmoins à déconstruire.

Autocensure des enseignants

Le genre y est questionné dès le primaire quand dans le secondaire certaines associations pro-migrants ont table ouverte pour expliquer aux collégiens et aux lycéens leur action et prôner l’imprescriptibilité d’un devoir d’accueil sans réserve. Pendant ce temps, l’instruction, devenue facultative, laisse la place à des entreprises à peine dissimulées de dressage des consciences, allant parfois jusqu’à l’autocensure des enseignants lorsqu’il convient d’aborder certains sujets comme la laïcité. L’assassinat de Samuel Paty, loin s’en faut, n’aura pas réveillé mais bien plus tétanisé les esprits. Last but not least, ce délestage des missions historiques de l’école, lieu focal de l’histoire nationale depuis que celle-ci a scellé son alliance avec la République, s’accompagne d’une inversion du rapport maître/élève, le premier ne formant plus mais devant presque s’adapter aux lacunes du second. La conséquence ultime de cette disposition se traduit dans un relèvement systématique des évaluations au nom d’un objectif d’inclusivité et d’un rejet de toute forme de sélection, nonobstant les déficiences avérées des copies.

La logique finale de ce renversement est poussée encore plus loin lorsque dans certains établissements d’enseignement supérieur, souvent privés, les enseignants sont eux-mêmes évalués par des étudiants issus d’un système scolaire hypothéqué par tant d’abandons et de renoncements. Dés lors les mots de Platon résonnent comme en écho d’une vérité ancestrale : « Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie ». La crise du pouvoir est bien une crise de l’instruction .

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Author: Valeurs Actuelles