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Augmentation du temps de travail : à quoi joue le MoDem ?

Curieux lancement de semaine pour la majorité présidentielle. Alors que la colère déclenchée par la réforme des retraites ne veut pas s’éteindre et que les vagues de contestation se succèdent pour lutter contre ce projet de loi, une parcelle du mouvement Ensemble vient ajouter son grain de sel au débat, et pas des moindres. Ce week-end certains députés du MoDem ont annoncé déposer un amendement pour augmenter le temps de travail. Une autre manière de se pencher sur le sujet des retraites qui étonnent tant la proposition est inattendue de la part d’un parti politique très peu audible dans l’espace politique.

De 35 à 35,5 heures par semaine. C’est la piste de réflexion discutée en interne au sein du groupe de travail des parlementaires du parti de François Bayrou. « S’il y a une demi-heure de travail en plus par semaine, cela génère des cotisations sociales. Et cela permet de consolider financièrement ce système des retraites par répartition », précise dans le Figaro le député MoDem Philippe Vigier. Sur le fond, l’idée ne fait pas sursauter, mais la démarche laisse perplexe. D’abord, parce que ses collègues de la majorité ont appris la nouvelle dans la presse. « On a pas du tout été mis au courant, commence le député des Yvelines Karl Olive, mais le sujet a le mérite d’être mis sur la table. » Autre problème de l’annonce du MoDem, cette réforme ne ressemble pas à la ligne politique du parti centriste. La réforme des 35 heures, portée par l’ancienne ministre du Travail Martine Aubry, est devenue un totem inattaquable, sauf à être prêt à affronter la colère généralisée des salariés. Et donner une raison supplémentaire aux Français de bloquer le pays ne fait envie à personne au sein de la majorité. Raison pour laquelle, ce lundi, bon nombre de députés Renaissance n’ont pas adhéré au projet. Maud Bregeon, députée des Hauts-de-Seine et ancienne porte-parole, a rapidement désapprouvé, tout comme le ministre du Travail Olivier Dussopt.

Un pavé dans la mare

D’un côté, les Républicains veulent diminuer le temps de travail, de l’autre les centristes appellent à l’allonger. Qui l’eut cru ? « Le MoDem sur l’ensemble des grands sujets, cherche à se distinguer légèrement de Renaissance » observe William Thay, politologue et président du think tank le Millénaire. Sur le papier plus social, et plus proche du monde rurale, le parti centriste adhère tout en atténuant chaque décision du gouvernement. Cette fois, en évoquant la question de la productivité plus que du financement.

Pourtant, à en croire certains députés du MoDem, cette proposition n’a rien d’étonnant. « On est parti du principe suivant : tout le monde parle de la dépense, personne ne parle des recettes. Pour un budget équilibré, il faut parler des recettes » répond Bruno Milliene, député des Yvelines, surpris que cette simple mesure provoque autant de réactions. Une piste de réflexion parmi tant d’autres nous souffle le parlementaire, le groupe de travail travaille sur d’autres axes comme l’augmentation des cotisations patronales, la rente, ou encore l’objectif d’intégrer 1 % des seniors dans l’emploi chaque année d’ici 2027. Mais Bruno Millienne le reconnaît volontiers : « L’idée d’augmenter le temps de travail est considérée comme provocatrice, mais elle ne constitue pas une ligne rouge pour autant. »

François Bayrou fait payer au gouvernement le sentiment de ne pas être pris au sérieux

Provocatrice ? Pourquoi et envers qui ? « François Bayrou fait payer au gouvernement le sentiment de ne pas être pris au sérieux. Dès qu’il peut mettre une pique, il le fait. Cette fois, le but politique est de montrer que le parti existe toujours » souffle un député Renaissance. Le président du MoDem et ancien candidat à l’élection présidentielle de 2012 et 2007 ne manque pas une occasion de faire parler de lui. Le 15 janvier dernier, sur le plateau de BFMTV, le septuagénaire déclarait qu’il « n’écartait pas » une possible candidature pour l’élection présidentielle.

Au MoDem, tout le monde y pense : en 2027, Emmanuel Macron achèvera son deuxième mandat ; pour survivre à la fin d’une très confortable période au sein de la majorité, il faudra occuper le terrain. D’une pierre deux coups, la proposition d’augmenter le temps de travail vient empiéter sur le terrain de l’aile droite macroniste, soit celle occupée par Édouard Philippe, lui aussi potentiel candidat à la succession à la tête de l’État. Son parti Horizon, fondé en octobre 2021, poursuit, discrètement, son travail sur le terrain, et a su recevoir la vague de départ de certains LR suite à la victoire d’Éric Ciotti à la présidence du parti. Pour William Thay, Phillippe comme Bayrou opte pour la même stratégie que François Fillon en 2017 vis à vis de Nicolas Sarkozy : montrer que l’on est différent du prédécesseur tout en évitant de trop se démarquer.

En macronie, la bataille pour récupérer le wagon est lancée. Chez certains, l’ambition présidentielle de François Bayrou ne fait aucun doute. Vaste projet, pour cet ancien ministre d’Édouard Balladur et d’Alain Juppé dans les années 90. Le « nouveau monde » en prendrait un coup.

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Author: Valeurs Actuelles