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Anne Hidalgo, la maire déni

La sagesse populaire affirme qu’« il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir », version plus policée (et polie) de la célèbre réplique de Michel Audiard, tirée des Tontons flingueurs , à propos de ceux « qui osent tout… » Ce dicton, Anne Hidalgo l’a fait sien ; il est même devenu sa philosophie, son mantra. Pour preuve, la séance du Conseil de Paris du 15 novembre : « Paris a la chance d’avoir une situation financière saine », a martelé l’édile parisien lors d’un débat portant sur les finances de la ville dont elle est maire depuis 2014. « Mais dans quel monde les finances de la Ville de Paris sont saines mis à part dans la tête d’Anne Hidalgo ? », lance Pierre Liscia, conseiller régional d’Île-de-France. « Mme Hidalgo aurait-elle décidé de concourir au prix de l’humour politique ? », se demande, provocateur, Jean-Yves Archer, économiste et membre de la Société d’économie politique.

Une situation financière saine ? Vraiment ?

Les élus de droite, réunis au sein du groupe Changer Paris (Les Républicains, centristes et indépendants) et emmenés par leur chef de file Rachida Dati – elle réclame depuis des mois une mise sous tutelle de la Ville de Paris -, ne sont pas dupes de cette mascarade financière. Ils l’ont démontré lors du dernier Conseil de Paris. « Vous pouvez sourire, mais ce sont les Parisiens qui vont payer. Nous ne serons pas complices de ce braquage et de cette trahison » , a lancé la maire du VIIe arrondissement et ancienne ministre de la Justice à Anne Hidalgo, avant de quitter l’hémicycle avec ses troupes. Face à elle, la maire de Paris, dans la situation d’un boxeur coincé dans les cordes, le sourire crispé, répétant mécaniquement : « Je vais vous rappeler le règlement. » Toujours cet éternel débat sur la forme plutôt que le fond. Le problème, c’est qu’à une gabegie financière, réelle, s’ajoutent une saleté endémique dans les rues de la capitale, des embouteillages qui paralysent la vie économique et sociale, une insécurité grandissante malgré la police municipale et des travaux interminables et incompréhensibles pour les Parisiens.

“Mme Hidalgo, c’est la princesse de la dette”

Une situation financière saine ? Vraiment ? Entrons dans les détails. La Ville de Paris est, aujourd’hui, plombée par une dette abyssale de 8 milliards d’euros (au terme du second mandat de Bertrand Delanoë, en 2014, elle était inférieure à 4 milliards). « Mme Hidalgo, c’est la princesse de la dette », résume Jean-Yves Archer. La Fondation iFrap, qui a publié une étude sur “Les 10 chiffres de la mauvaise gestion de Paris”, a relevé dans le projet de budget de la capitale qu’il faudrait 19,33 années pour rembourser la dette alors que la limite maximale préconisée par la loi de programmation pluriannuelle des dépenses publiques est de 12 ans. Cette hausse de la dette est le résultat d’une politique sociale qui conduit la Ville de Paris, pour arriver à 25 % de logements sociaux et bientôt 30 %, à préempter à tour de bras et à racheter au prix (fort) du marché. Conséquence, une hausse des prix de l’immobilier à Paris du fait de la raréfaction de l’offre, une diminution du parc locatif privé et une fuite des classes moyennes (20 000 habitants quittent Paris chaque année). Avec 6 000 enfants de moins rien que pour la rentrée 2021-2022, Paris est une des seules grandes villes, en France, où des classes ferment.

Certes, la Mairie de Paris reconnaît qu’il y a des problèmes, mais ils ne sont pas de son fait. Ben tiens… Il y a la crise sanitaire (pour un coût total de 1,2 milliard « en moindres recettes et en dépenses exceptionnelles » ), la crise énergétique et sociale liée à l’inflation (qui se traduira par un surcoût de 100 millions en 2023) et le désengagement de l’État dans le financement des collectivités territoriales. « Un coup, c’est la Covid, un autre, c’est la guerre en Ukraine, puis c’est la faute de l’État qui se désengage, note Pierre Liscia. Si ces arguments étaient vrais, l’ensemble des communes françaises serait dans la même situation de banqueroute, ce qui est loin d’être le cas. » Pour Marie-Claire Carrère-Gée, conseillère de Paris, « les arguments avancés sont un tissu de mensonges. La réforme de la fiscalité (fin de la taxe d’habitation et de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) a même été favorable à la Ville de Paris. La réalité est que depuis 2016, bien avant la Covid, Anne Hidalgo n’arrive plus à boucler ses budgets de fonctionnement ».

Des reniements de promesses

Celle qui est aussi présidente de la commission des finances du Conseil de Paris rappelle que, de 2016 à 2021, la Ville de Paris a été autorisée par les gouvernements, sous les présidences de François Hollande et d’Emmanuel Macron, à percevoir, de la part des bailleurs sociaux qui gèrent les logements lui appartenant, des loyers capitalisés sur plusieurs années, donc par avance. Soit 1,6 milliard d’euros en sept ans inscrits en recettes de fonctionnement alors qu’ils ne devaient pas l’être. Une cavalerie qui a permis de voir la vie en rose, mais aujourd’hui Anne Hidalgo est comme la cigale dans la fable de La Fontaine : « La Cigale, ayant chanté /Tout l’été, / Se trouva fort dépourvue / Quand la bise fut venue. »

À écouter la maire de Paris, il n’y aurait plus qu’un levier à la disposition de la Ville : une hausse du taux de la taxe foncière, qui passerait de 13,5 à 20,5 %, soit une hausse de près de 52 % ! « Parce que la dette et l’évolution des charges sont dynamiques, Anne Hidalgo est obligée de répondre par une dynamique des impôts , décrypte Jean-Yves Archer. Sans cela, la situation financière serait intenable. » Le changement de taux amènera 586 millions supplémentaires dans les caisses (jusqu’à présent, le produit de la taxe foncière s’élevait à 1,1 milliard). Ce faisant, elle renie aussi sa promesse électorale de 2020, ne pas augmenter la fiscalité locale, et ce n’est pas la première fois qu’elle le fait, elle en est même coutumière.

Cette même Anne Hidalgo n’avait-elle pas juré ses grands dieux de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2022 si elle était réélue maire de Paris ? Cela dit, elle aurait dû, pour une fois, écouter son instinct, au vu de son ridicule score de 1,75 % au premier tour, rassemblant piteusement 616 478 voix dans la France entière. Quoi qu’il en soit, la hausse de la taxe foncière permettra, comme la Mairie l’explique sans rire, « d’assurer le maintien de services publics de qualité et les investissements massifs au service de la transition écologique ».

Anne Hidalgo n’a montré aucun talent managérial notamment en matière d’absentéisme.

Quelques jours avant la tenue du Conseil de Paris, alors qu’une augmentation de la taxe foncière était évoquée, Gabriel Attal, le ministre délégué chargé des Comptes publics, s’était exprimé sur le sujet : « Comme souvent avec Anne Hidalgo, l’État a bon dos. À un moment donné, [il] ne peut pas combler l’absence de gestion de la Ville de Paris. » Marie-Claire Carrère-Gée confirme : « Les dépenses de la Ville sont structurellement supérieures aux recettes ; çà, un enfant de 5 ans est parfaitement capable de comprendre : il faut moins dépenser ! »

La Ville de Paris aurait pu s’engager à faire des économies et « nettoyer les écuries d’Augias et surtout celles d’Hidalgo » , juge Pierre Liscia. Mais quelle idée incongrue ! La Mairie n’en prend pas le chemin, puisque ses dépenses de fonctionnement augmenteront de 4,5 % entre 2022 et 2025. Parmi les postes importants, les dépenses de personnel, qui représenteront un coût de 2,7 milliards d’euros en 2023.

Au 1er octobre 2022, les effectifs de la Ville de Paris s’élevaient à 47 492 équivalents temps plein. C’est quasi autant que le nombre de personnes travaillant dans les institutions européennes (Commission, Parlement et Conseil de l’Union). « La capitale française compte plus d’un agent pour 39 habitants. À titre de comparaison, c’est un pour 95 à Rome et un pour 107 à Londres en 2019 », détaille la Fondation iFrap. Ce poste budgétaire pourrait déjà être moins important si les agents de la Ville de Paris travaillaient 35 heures par semaine, ce qui est encore très loin d’être le cas. « À la tête de 50 000 agents, Anne Hidalgo n’a montré aucun talent managérial notamment en matière d’absentéisme. Dans le secteur du ramassage des poubelles, un agent ne voit de retenue sur traitements qu’au-delà de 90 jours d’arrêt de travail par an », rappelle aussi Jean-Yves Archer.

Les Parisiens seront heureux d’apprendre qu’ils financent SOS Méditerranée

Elle pourrait également revoir sa politique généreuse de subventions aux associations. « Environ 260 millions d’euros chaque année… C’est la moitié du produit attendu de la hausse de la taxe foncière », calcule Pierre Liscia. Dans le passé, il s’est élevé contre les 89 000 euros versés en 2020, 2021 et 2022 à la Fasti (Fédération des associations de solidarité avec tou·te·s les immigré·e·s) : « Dès lors qu’une association honnit autant la République et ses valeurs et attise à ce point la haine de la France, elle ne saurait prétendre à bénéficier du soutien de l’État et de la générosité du contribuable », a-t-il indiqué sur le site de Front populaire de Michel Onfray. Également dans son viseur, l’Acort (Assemblée citoyenne des originaires de Turquie), qui dénoncerait un racisme d’État ; elle a reçu 46 900 euros de la Ville de Paris. Celle-ci a aussi abondé à hauteur de 9 000 euros l’association Biodiversity For Peace dont l’objectif est « d’exploiter la sensation de quiétude que nous pouvons ressentir lorsque nous nous trouvons à proximité avec la nature »

Essayez de trouver un commerçant convaincu par le réaménagement de la rue de Rivoli.

On peut se demander si l’attribution de ces subventions ne serait pas un système qui reposerait sur le clientélisme et qui privilégierait des associations dont l’utilité est discutable. « Quand on nous présente des dossiersde demande de subvention, on ne nous donne souvent pas les comptes de l’année passée et il n’y a pas d’évaluation de l’utilité et de l’efficacité de ces subventions », explique Marie-Claire Carrère-Gée. Les contribuables parisiens seront, par ailleurs, heureux d’apprendre qu’ils financent SOS Méditerranée : cette association reçoit depuis 2019 une subvention annuelle de 100 000 euros. « Est-ce aux contribuables parisiens d’assumer la politique des migrants en Europe ? se demande Jean-Yves Archer. C’est bien, d’avoir des idées généreuses, mais c’est toujours avec l’argent des autres. »

Enfin, il y a la politique dispendieuse de grands travaux à Paris, surnommés les “chantiers Hidalgo”. « Préjudiciables pour la ville – essayez de trouver un commerçant convaincu par le réaménagement de la rue de Rivoli -, ils se font très souvent au détriment des personnes les plus vulnérables, qui ne savent plus comment et où traverser », considère Jean-Yves Archer.

“La hausse de la taxe foncière n’est que le début”

Après avoir investi 1,4 milliard d’euros en 2021, 1,65 milliard en 2022, la Ville de Paris compte investir 1,7 milliard en 2023 dans des grands projets pour rendre Paris plus vert, favoriser l’essor du vélo et des mobilités propres, lutter contre le réchauffement climatique, renforcer l’innovation, développer la pratique du sport, surtout en prévision des jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. Et il y a fort à parier que, tant au niveau de l’État que celui de la Région ou de la Ville de Paris, cette manifestation sportive ne sera pas l’opération financièrement blanche que l’on nous vend depuis des années.

« La hausse de la taxe foncière n’est que le début », anticipe Marie-Claire Carrère-Gée. Dans une lettre adressée à Anne Hidalgo, que Valeurs actuelles a pu consulter, la présidente de la commission des finances du Conseil de Paris s’inquiète d’une dérive inquiétante de la trésorerie de la Ville. La Mairie utiliserait des emprunts à court terme pour « couvrir non de simples décalages entre recettes et dépenses, mais un écart structurel entre recettes et dépenses… Dans une situation comparable, une entreprise serait confrontée à une cessation de paiements ». Cela représenterait, chaque mois, entre 400 et 500 millions d’euros…

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Author: Valeurs Actuelles