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Absentéisme scolaire : le nouveau casse-tête de l’Aïd

« L’Aïd est une fête française ». C’est avec ces mots que François Piquemal, député LFI, interpellait le gouvernement ce 23 mai 2023. Dans un communiqué publié deux jours auparavant,  Sonia Backès, secrétaire d’État chargée de la citoyenneté, avait expliqué avoir commandé une évaluation du taux d’absentéisme scolaire à l’occasion de la fête musulmane de l’Aïd el-Fitr. Une mesure dont l’objectif serait d’« étudier l’impact de certaines fêtes religieuses sur le fonctionnement des services publics ». Ajoutant cependant qu’« aucune donnée nominative n’[avait] été demandée ni recensée » en fonction de la confession religieuse des élèves.

Il n’en fallait pas plus à la sphère islamogauchiste, qui y a perçu une volonté de fichage des élèves musulmans. Constatant que cette demande aux établissements émanait des renseignements territoriaux et non de l’Education nationale. Dans les académies de Toulouse et de Montpellier notamment, les chefs d’établissements ont reçu des courriels de la part de policiers, les interrogeant sur le taux d’absentéisme lors du ramadan. Pour SOS racisme, il s’agit là d’un « acte inquiétant » et d’un « amalgame douteux manifestement fondé sur des préjugés antimusulmans » (communiqué Twitter). L’association considère que cette évaluation rompt à la fois avec les principes de laïcité, d’égalité et de légalité. Le syndicat SUD-éducation a quant à lui qualifié ces méthodes de « dérives islamophobes ». Des accusations jugées « grotesques » par Annie Genevard, députée Les Républicains du Doubs et ancienne professeur de français : « Si on veut identifier un phénomène, il faut pouvoir le quantifier. »

« Même si chaque année des élèves sont absents pour l’Aïd, cela n’a jamais été dans ces proportions. On voit bien que cette année, il y a une dimension anticipée, organisée, beaucoup plus que les fois précédentes. »

D’autant plus que cet absentéisme ne relève pas du fantasme. Le 21 avril dernier, les salles de classe de certains établissements scolaires paraissaient anormalement vides. De nombreux écoliers avaient laissé chez eux cahiers et stylos pour fêter en famille la rupture du jeûne lié au ramadan. Florence Portelli, vice-présidente de la région Île-de-France, expliquait au Figaro que la ville de Taverny, dont elle est maire, avait dénombré 400 élèves absents ce jour-là, sur les 2 000 enfants scolarisés en cours élémentaire : « Même si chaque année des élèves sont absents pour l’Aïd, cela n’a jamais été dans ces proportions. On voit bien que cette année, il y a une dimension anticipée, organisée, beaucoup plus que les fois précédentes. » Ce qui ne manque pas de faire réagir Roger Chudeau, député RN et ancien directeur de l’encadrement du ministère de l’Education nationale :  « La fête de l’Aïd n’est pas une fête chômée en France, donc il n’est pas admissible que les élèves s’autorisent à sécher les cours. »

Si cette absence paraissait planifiée, c’est surtout que l’appel à ne pas se rendre en classe avait été largement relayé en amont sur les réseaux sociaux. Tout est parti d’une vidéo postée sur TikTok par l’influenceur Masdak, jamais avare de conseils juridiques pour aider ses deux millions d’abonnés à faire valoir leurs droits. En seulement quelques jours, sa publication « s’absenter des cours en raison des fêtes religieuses », postée une semaine avant l’Aïd, avait été visionnée plus de deux millions de fois. Il y expliquait l’aspect légal de cette absence.

C’est d’ailleurs ce qu’aura permis de mettre en lumière cette polémique. Une circulaire du 18 mai 2004 prévoit effectivement que « des autorisations d’absence doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses qui ne coïncident pas avec un jour de congé […] L’institution scolaire doit prendre les dispositions nécessaires pour qu’aucun examen ni aucune épreuve importante ne soient organisés le jour de ces grandes fêtes religieuses. » Rien n’interdisait donc aux élèves musulmans de rester en famille ce 21 avril. Pour autant, Annie Genevard envisage une remise en cause de cette disposition : « Ce qui était valable il y a 20 ans peut être interrogé, car à cette période, il n’y avait pas d’intrusion massive du religieux dans l’école. » Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur de l’Education nationale à l’origine du rapport sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, met en garde sur le « risque d’une contre-société hostile à la nôtre » produit par la tolérance d’un tel phénomène.

La tolérance d’un tel phénomène amène le « risque d’une contre-société hostile à la nôtre ».

Une situation qui, si elle se perpétue dans le temps, risque de poser problème. D’abord d’un point de vue organisationnel, puisqu’il est compliqué pour les établissements scolaires de prévoir la date de l’Aïd, qui diffère chaque année. Ensuite, évidemment, d’un point de vue laïque : « Le fait de sécher les cours de manière collective et organisée est une offensive contre le système scolaire français qui repose sur le principe de laïcité », affirme Roger Chudeau. Une entorse à la laïcité qui n’est pas sans danger, selon Jean-Pierre Obin : « Ces accommodements raisonnables, valorisés par une laïcité dite “ouverte“ paraissent être une pente très dangereuse. Car à travers la laïcité ouverte, on est ouvert à l’emprise islamique. »

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Author: Valeurs Actuelles