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Tribune pour le Figaro

mardi 12 juin 2018 - 11:47

La polémique ne passe pas. Elle a commencé fin mai 2018, et persiste dix jours plus tard. Le slogan d’un tract des Républicains, « Pour que la France reste la France », a soulevé un vent d’indignation. Les critiques proviennent essentiellement de la formation elle-même, y compris de ses plus hauts dignitaires. Les oppositions idéologiques à LR, dans la presse, les médias et les autres partis, se gardent d’en rajouter: le travail de sape interne est largement suffisant: Ils s’entretuent fort bien entre eux. Les citer, les uns après les autres, en pleine opération d’autodestruction, suffit amplement à leur malheur…

Les critiques se focalisent sur deux points. Le message serait, selon ses détracteurs, dans une logique de « surenchère frontiste ». Un refrain qui scande la vie politique française depuis des décennies: en l’absence d’argument, il suffit d’assimiler toute parole déviante avec « les idées du front » pour en discréditer l’auteur. Mais en l’espèce, cette méthode de dénigrement se heurte à une impasse: le même slogan a été utilisé à maintes reprises par d’autres, y compris par le parti socialiste en 2016!

Alors, la diatribe se concentre, en outre, sur la prétendue stupidité de la formule, qualifiée de « bébête », « simpliste », « idiote ». Pourtant, la critique qu’elle suscite ne brille pas non plus par l’intelligence. En vertu d’une certaine vision de la France, ouverte et moderne, il serait scandaleux de souhaiter que « la France reste la France. » Mais dès lors que la France est belle, en quoi est-il choquant qu’elle veuille rester elle-même? Et que dire de la cohérence de responsables politiques, se revendiquant de l’appartenance à un courant politique issu du gaullisme, et choqués par le principe d’une « France qui reste la France »?

La querelle, à la fois surfaite et disproportionnée, en dit long sur long sur l’état de la vie politique française.

Le guerre des chefs et la chasse à l’homme sont à l’oeuvre. De polémique en polémique, la priorité absolue des adversaires de Laurent Wauquiez consiste à diaboliser ce dernier, l’affaiblir pour en faire un paria et provoquer sa chute. L’enjeu ne se situe pas sur le plan du débat d’idées. Lors des primaires de 2016, tous les candidats LR partageaient une vision commune sur la nécessité d’améliorer la maîtrise de l’immigration, de lutter contre le communautarisme et l’insécurité, thèmes qui inspirent l’actuel président de LR. L’ensemble des responsables LR sont pleinement d’accord sur la nécessité d’apporter des réponses aux préoccupations grandissantes des Français sur ces sujets fondamentaux.

Non, la querelle est purement carriériste: abattre Wauquiez pour prendre sa place. Elle illustre, plus généralement, la violente déchéance d’une vie politique française qui, de l’extrême gauche à l’extrême droite, se limite de plus en plus à des affaires d’ego narcissiques, ballotés entre idolâtrie et lynchage. Le culte de la personnalité, quintessence d’un abrutissement collectif, est en train de tuer la politique au sens noble du terme, la démocratie, la notion de vérité, le débat d’idées en vue du bien commun.

Autre leçon de cette polémique absurde: le champ de l’expression admissible ne cesse de se restreindre. L’idéologie post nationale, dominante dans les élites dirigeantes ou influentes, se développe en opposition à la nation et tout ce qui s’y rattache, une histoire, une langue, un Etat, des frontières, une solidarité. Au fil du temps, invoquer la France, une France qui veut rester la France, devient une attitude suspecte de nationalisme obtus et de repli identitaire. Il faut donc voir, dans cette réaction hostile au tract polémique, la force du conformisme, l’impératif de penser correctement, éviter d’être considéré comme « populiste », l’infâmie suprême. La polémique illustre l’abîme entre la France dite « d’en haut », politique, médiatique, intellectuelle, et la majorité silencieuse. 79% des Français sont fiers d’être Français (contre 19%) selon le sondage CEVIPOF sur la confiance (2016). Quatre cinquièmes des Français veulent donc, en toute logique, que la France reste la France.

Que faut-il souhaiter pour l’avenir de la France? Que les dirigeants LR – le seul parti susceptible d’offrir une solution d’alternance raisonnable et ambitieuse, répondant à l’attente des Français sur leurs graves sujets de préoccupation – en finissent avec les querelles de cour de récréation, avec l’obsession présidentialiste qui atteint, quatre ans à l’avance, les sommets de la mégalomanie et la certitude de défaites électorales futures; qu’ils privilégient les idées et le projet sur les slogans ou les polémiques, et qu’ils donnent l’exemple d’un collectif uni et motivé par un seul but, le bien de la France et la préparation de son destin face aux gigantesques défis d’un monde en pleine déstabilisation. 79% des Français, fiers d’être Français, le leur demandent.

 

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