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Reflets d’histoires

lundi 24 décembre 2018 - 10:27

Le 13 décembre, on pouvait découvrir à la BnF le dispositif national de création et d'éducation à l'image initié en 2016 par le Laboratoire de recherche cinématographique, « Lieux fictifs ». Cette expérimentation, qui s'adresse aux publics sous main de justice et aux habitants des quartiers prioritaires, consiste à réaliser un film court à partir d'images d'archives.
Pas à pas

Dans un corpus d’archives, choisir une image ; puis grâce à cette image, évoquer sa propre histoire, en faire un film : la proposition peut paraître insensée. « Il est même difficile d’en dessiner les contours. » nous dit Lisa Pedel, coordinatrice culturelle au Centre pénitentiaire de Villepinte.

Ce projet réunit pourtant depuis trois ans des professionnels d’horizons très différents : réalisateurs, éducateurs, coordinateurs culturels, responsables d’archives audiovisuelles. Les ateliers sont menés, à titre expérimental, dans trois régions : Île-de-France, Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pendant dix jours, les participants, par groupes de six ou huit, sont accompagnés pas à pas par les intervenants. A l’issue du processus, seuls ou en binômes, ils auront réalisé un court-métrage.

L’image comme matière brute

« La première étape consiste à créer une palette d’images dans laquelle les participants vont pouvoir s’immerger. » commence Caroline Caccavale, productrice et réalisatrice de « Lieux fictifs ». Les corpus sont constitués par l’Institut national de l’audiovisuel (INA), le Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC) et la Bibliothèque nationale de France (BnF). « Nous choisissons les images pour leur intérêt esthétique mais surtout, ajoute la réalisatrice, parce qu’elles font récit ; ces images doivent pouvoir être les « activateurs » de quelque chose. » C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elles sont privées de leur bande sonore originale, décontextualisées, de façon à mobiliser l’imaginaire le plus possible.

Face à l’image

4 fois 15 minutes : c’est le temps de visionnage proposé aux participants, entrecoupé de pauses car la diffusion d’images dépourvues de sons peut provoquer différents types d’états : la panique, la curiosité, l’endormissement, le rejet... A ce propos, Caroline Caccavale précise : « le rejet est une base importante. On peut travailler contre les choses. Le tout, c’est d’avoir un mouvement. » Un mouvement mais aussi des émotions qui ne viennent pas tout de suite, comme le précise Vilma Collet, éducatrice à l’Unité éducative d’activités de jour de Malakoff. « Certains jeunes ferment les yeux, s’endorment mais c’est dans ces moments de lâcher-prise que les images agissent. »

A l’issue du visionnage, les intervenants demandent aux participants de conserver en mémoire quatre images, puis de les dessiner. Ces images, qui font écho aux différents parcours, sont ensuite épinglées au mur avec leurs photogrammes(*). C’est seulement à partir de là que les participants vont poser des mots dessus. Tout ce qui arrive alors, mots ou phrases, est noté.

Un autre regard

Après une rapide formation au montage, les participants vont ensuite travailler les images, couper, coller, ralentir… Se les approprier, en faire un objet personnel qui sera projeté en public, leur permet de retrouver confiance en eux. « Le but ultime, c’est que les jeunes se voient différemment. », nous dit Julien Troullioud, coordinateur culturel à la Direction interrégionale des services pénitentiaires sud-est. « Ces ateliers permettent de réactiver l’imaginaire qui est contraint en milieu fermé, d’investir la détention avec des activités culturelles. », ajoute Lisa Pedel.

Dans un contexte qui n’est, au départ, pas favorable à la création, l’activité culturelle peut ainsi devenir un véritable levier de réinsertion.

A noter : une édition DVD est en préparation, en partenariat avec le CNC (Images de la culture).

 

En savoir plus :

 

©C.Koch

 

 

 

 


* Au cinéma, le terme « photogramme » représente la plus petite unité de prise de vue, l'une des photos élémentaires dont un film est constitué, à raison de 24 images par seconde à vitesse normale de prise de vue.

 

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