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Présidentialisme/Statut de première dame?

mardi 8 août 2017 - 6:10

D’abord une précision: les attaques, moqueries, vulgarités proférées sur la Toile envers Mme Macron suscitent chez moi un indicible sentiment d’horreur. Rien ne m’est plus viscéralement insupportable que la méchanceté sous toute ses formes, surtout dirigée envers une femme. Jadis, quand les présidents de la République étaient populaires, avant le grand tournant des années 1970, leurs épouses l’étaient aussi. Elles cultivaient une image de discrétion, de désintéressement et de générosité, s’investissant dans l’action humanitaire. A l’époque où les Français s’aimaient en tant que peuple français, les femmes de président ont été populaires. Dans mon livre sur l’histoire des présidents de la République (Perrin, 2013/2017), je raconte cette scène fabuleuse, lors du décès de Germaine Coty, le 13 novembre 1955 « Des écoles entières vinrent à la Madeleine et les enfants tenaient une rose à la main. Le Parisiens défilèrent pendant des heures. Ce fut simple et poignant. Le peuple semblait vouloir montrer à quel point il aime les vertus simples et profondes. Lorsque, après la cérémonie funèbre, le convoi déboucha sur le quai, trente péniches massées à la Concorde firent entendre un long mugissement en signe de deuil, tandis que la mariniers, massés sur le pont, alignés bord à bord, se découvraient. » C’était un attachement simple, venu du cœur et jamais il n’est venu à l’idée de personne, à l’époque, de statufier la personne de Mme Coty.  L’idée d’un statut de première dame me semble être incompatible avec les principes de la République française. Les hommes et les femmes sont tous égaux en droit. Un statut s’obtient soit par une élection, soit en tant que reconnaissance d’un mérite (sélection, concours). En aucun cas le statut ne saurait procéder d’un lien familial. Sinon, pourquoi ne pas prévoir un statut pour les enfants du couple? Alors, nous changeons de système, nous poussons jusqu’à son ultime paroxysme la personnalisation du pouvoir, consacrons une sorte de monarchie dégénérée, et il n’est plus question de parler de république ni d’égalité des droits. Tout ce débat invraisemblable, alors que tant de dossiers gigantesques s’accumulent sur l’avenir de la France, montre une fois de plus le dérèglement général des sens qui prévaut en ce moment.

Maxime TANDONNET

 


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