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Lecture: Louis XIV, François Bluche, Fayard 1986

samedi 18 mai 2019 - 19:09

Voici ma toute dernière lecture et l’un des grands ouvrages de référence et les plus récents concernant le règne de Louis XIV  de 1654 à 1714. Cette biographie est extrêmement complète, fouillée et exhaustive: plus de 1000 pages. Elle fourmille de détails couvrant tous les aspects du règne, vie privée, politique intérieure comme extérieure.

Pourquoi la lire aujourd’hui? Louis XIV est l’un des rois de France les plus controversés. Son règne qui fut l’un des plus longs de l’histoire est d’une richesse inouïe. Il est rigoureusement impossible d’en faire ici un résumé tant l’ouvrage abonde d’informations. Au collège, il y a quelques décennies, il nous a été enseigné comme l’un des personnages les plus glorieux  de l’histoire de France. Aujourd’hui, son image serait plutôt dégradée.

Il faut dire que le règne de Louis XIV correspond à une période particulière où la France est de loin la première puissance en Europe et dans le monde. L’Empire des Habsbourg est sorti fragmenté des guerres de religion, l’Espagne est affaiblie, la Hollande et l’Angleterre pèsent de peu de poids devant la puissance démographique, économique, militaire, intellectuelle française. Colbert, l’un des ministres favoris de Louis XIV, a doté la France de la première flotte de guerre au monde. Vauban achève de couvrir les frontières de fortification. Sur les débris de l’Empire de Charles Quint, notamment des Pays-Bas espagnols (Belgique), la politique de Réunion de Louis XIV permet à la France de s’agrandir (Lille, Strasbourg, etc.). Les coalitions européennes (Empire allemand, Hollande, Angleterre de Guillaume d’Orange), se brisent sur la supériorité des armées françaises. L’accession du petit fils de Louis XIV au trône d’Espagne, en fin de règne, contre toute l’Europe coalisée, marque le triomphe de la puissance française.

Louis XIV n’apparaît pas, à la lumière de ce livre, comme un prince absolutiste et un autocrate imbus de lui-même. Il parle peu, écoute beaucoup, ne décide rien sans avoir longuement entendu ses ministres sur lesquels il s’appuie fortement. Curieusement, il nous est présenté comme un homme au fond assez timide et discret. Le roi Soleil, Versailles? Ce ne sont que les expressions d’une réalité: la toute puissance de la France. Louis XIV veille farouchement à ce que ses représentants en Europe aient toujours la préséance sur tous les autres. Le manque de respect envers un ambassadeur français est susceptible d’entraîner une guerre. L’Espagne présente ses excuses à la suite d’un impair commis par l’un de ses représentants. « Je ne sais plus, écrit Louis XIV, si depuis le commencement de la monarchie, il ne s’est rien passé de plus glorieux pour elle. » Prétention abusive ? Non, aux yeux de Louis XIV, conséquence logique de la suprématie française sur la planète dans tous les domaines, y compris littéraire.

Louis XIV a une obsession: l’unité de l’Etat. A une époque ou la légitimité du pouvoir repose sur la religion – lui-même est de droit divin – l’unité religieuse est synonyme d’unité de l’Etat. D’où un règne marqué, sous l’influence des Jésuites, par la persécution des Jansénistes et des Protestants. La révocation en 1685 de l’Edit de Nantes, qui assurait depuis Henri IV la liberté de culte aux protestants, est bien entendu le drame de ce règne qu’elle marquera d’une tâche indélébile. Ce règne placé sous le signe de la grandeur de la France laisse entrevoir des failles qui déjà, préparent, me semble-t-il la décadence et la chute de la monarchie: un modèle de pouvoir largement fondé sur la courtisanerie, l’obséquiosité, l’obsession des préséances dans l’entourage du Prince qui en joue constamment. Louis XIV, d’après François Bluche, n’a jamais dit « l’Etat c’est moi ». Pour autant, l’intérêt de la France se confond avec celui de sa personne comme en témoignent son obsession d’honorer sa vaste descendance, aussi bien légitime que naturelle, les travaux grandioses du château de Versailles au coût gigantesque pour le budget de la Nation alors que les classes populaires accablées d’impôts et de servitudes, vivent dans la misère.

Une lecture passionnante, certes, qui laisse à la fin le lecteur partagé sur le règne de Louis XIV, entre le rayonnement de la France, sans équivalent dans l’histoire, et la conscience de la fragilité et de la précarité de cette magnificence, sachant combien, moins d’un siècle plus tard, tout cela devait s’achever dans l’apocalypse… Rien n’est simple peut-on en conclure.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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