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Le décès d’Anne-Marie Boutin laisse le design industriel français orphelin

vendredi 24 novembre 2017 - 18:43

Anne-Marie Boutin, la présidente de l’APCI et première directrice de l’ENSCI-Les Atelier, est décédée le 20 novembre 2017 à l’âge de 79 ans. Elle a consacré sa carrière à la promotion du design auprès des entreprises et des administrations. Sans jamais rien lâcher.

« Elle a donné sa vie pour le design », nous rappelle le designer Jean-Louis Fréchin. Jusqu’au bout, Anne-Marie Boutin se sera en effet battue pour défendre le design français, sous toutes ses formes. La « papesse » du design, comme certains la surnommaient affectueusement, est décédée le 20 novembre 2017.

Présidente-fondatrice de l’Agence pour la promotion de la création industrielle (APCI) depuis 1983, c’est à elle que l’on doit l’Observeur du design, qui depuis 1999 remet ses Etoiles aux réalisations de design industriel, numérique ou de service, les plus exemplaires. « L’Observeur est sa grande œuvre, rappelle Jean-Louis Fréchin. Ce prix est très important pour tous les designers. C’est la seule chose digne qui parle de tous les designs au-delà du simple design culturel. »

Magistrate honoraire à la Cour des comptes, Anne-Marie Boutin était née le 1er mai 1938 à Tlemcen (Algérie). « Anne-Marie avait quelque-chose d’unique, observe Anne Asensio, vice-présidente design expérience de Dassault Systèmes. C’était une mathématicienne. Elle avait un sens très aigu de la rigueur, presque montée chez elle comme une forme de justice. Mais elle avait en même temps toujours une approche sociale des choses. »

Rien à voir avec la créativité débridée des designers dont elle défendait le travail tous les jours. Mais rien à voir non plus avec la rigueur d’esprit des politiques qu’elle cherchait à convaincre du rôle clé du design pour l’innovation et sa nécessaire prise en compte dans les politiques publiques. Deux mondes irréconciliables qu’Anne-Marie Boutin a cherché coûte que coûte à réconcilier. Parfois en vain. « Elle s’était donné comme objectif de convaincre la puissance publique de l’importance du design, rappelle Anne-Marie Sargueil, la président de l’Institut Français du design. Elle a beaucoup souffert d’être au centre de deux mondes qui ne se parlent pas. » Souffert, parce qu’entière. « Elle incarnait totalement sa mission. Il était difficile de l’en dissocier », explique Anne Asensio. Son engagement total avait une lourde contrepartie. Selon l’ex-directrice du design de chez Renault, « elle était physiquement affectée par les débats et les luttes d’égos qui défavorisaient la promotion du design ».

Mais « elle ne lâchait jamais rien ». Cette affirmation revient sans cesse à son propos. Pour tous, la pugnacité restera en effet son principal trait de caractère. Une pugnacité et un engagement sans limite, qu’elle avait déjà manifesté au poste de directrice de l’école de design l’ENSCI-Les Ateliers à Paris, de 1984 à 1992 et qui marqué non seulement les étudiants, mais toute la profession. « Elle a toujours considéré tous les gens de l’ENSCI comme ses élèves, même si elle n’a jamais enseigné le design », se souvient Jean-Louis Fréchin. Sous son impulsion, l’école, née sous la double tutelle ministérielle Culture et Industrie d’une volonté du Président François Mitterrand, est devenu un nid à designers star, comme Matali Crasset ou Mathieu Lehanneur.

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