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La dictature et la vraie liberté, selon Michel Onfray

vendredi 31 mai 2019 - 8:22

Voici quelques extraits d’un beau texte de Michel Onfray, publié par Familles chrétiennes, sur la dictature contemporaine et sur la solitude comme ultime liberté. Le dernier paragraphe ci-dessous est profondément troublant.

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Pour détruire la liberté, il faut : assurer une surveillance perpétuelle ; ruiner la vie personnelle ; supprimer la solitude ; se réjouir des fêtes obligatoires ; uniformiser l’opinion ; dénoncer le crime par la pensée.

Pour appauvrir la langue, il faut : pratiquer une langue nouvelle; utiliser le double-langage ; détruire des mots ; oraliser la langue ; parler une langue unique ; supprimer les classiques.

Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel.

Pour supprimer l’histoire, il faut : effacer le passé ; réécrire l’histoire ; inventer la mémoire ; détruire les livres ; industrialiser la littérature.

Pour nier la nature, il faut : détruire la pulsion de vie ; organiser la frustration sexuelle ; hygiéniser la vie ; procréer médicalement.

Pour propager la haine, il faut : se créer un ennemi ; fomenter des guerres ; psychiatriser la pensée critique ; achever le dernier homme.

Pour aspirer à l’Empire, il faut : formater les enfants ; administrer l’opposition ; gouverner avec les élites ; asservir grâce au progrès ; dissimuler le pouvoir.

[…] Qui dira que nous n’y sommes pas ?

[…] Notre dictature n’attaque pas les corps, elle broie juste les âmes – ce qui est une autre façon de détruire les corps en les laissant en vie [….]

Je me moque de ce que la presse du pouvoir pense de moi. Elle n’est pas la mesure de ma valeur. Mais j’élargis également ma remarque à toutes les presses, fussent-elles d’opposition. Aucun journaliste ne saurait retenir ma plume ou ma parole – aucun homme de pouvoir non plus. S’il faut payer cette liberté d’une éviction du service public sans qu’aucun journaliste ne s’en émeuve, je viens de le payer, c’est peu cher payé !

La mesure de ma valeur se trouve dans l’avis et le jugement de trois personnes dont une seule est désormais vivante, bien que j’écrive encore sous le regard parti de mes deux morts. Désormais je ne  pense, ne parle et n’écris plus que sous le regard d’une seule personne – c’est le luxe infini de la vraie liberté, j’en ai bien conscience. »

Michel ONFRAY

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