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Film: présumé coupable (l’affaire d’Outreau) 2009.

dimanche 16 juin 2019 - 22:02

Dans l’avion qui m’entraînait au bout du monde pour une mission à caractère professionnel, j’ai regardé pour la première fois le film « Présumé coupable » qui raconte la descente aux enfers d’Alain Marécaux, huissier, l’un des 14 accusés de viols, tortures et assassinats d’enfants de l’affaire d’Outreau. On s’en souvient: au début des années 2000, accusé avec d’autres, sans fondement par un couple de véritables pédophiles, Alain Marécaux, notable d’Outreau, dans le Nord, est resté plusieurs années en prison à clamer son innocence, avec une dizaine de coaccusés. Il a tout perdu, son honneur, sa famille, son travail, avant d’être totalement innocenté en appel. A l’époque, il avait été question du plus grand fiasco judiciaire de tous les temps. D’un seul coup, tout s’effondre, les repères les plus élémentaires de l’humanité et de l’Etat de droit s’écroulent. Le spectateur est entraîné dans un tourbillon de barbarie. Les responsables et les exécutants, chargés de faire respecter l’Etat de droit et la justice, se transforment en bourreaux. Plus rien ne vaut, plus rien ne compte. Les fondements de l’Etat de droit volent en éclat, emportés dans la tourmente: droits de la défense, présomption d’innocence, justice fondée sur des témoignages et des preuves, esprit d’équité et de justice, respect des plus élémentaires principes d’humanité. Tout cela disparaît. Il ne reste plus qu’une logique froide, sans foi ni loi, orchestrée par ceux dont le métier est de faire respecter la loi. Ce film, parfaitement fidèle à la réalité des faits, inspiré du journal d’Alain Marécaux, fait mal à nos consciences. Il révèle le potentiel d’arbitraire que recèle la vie quotidienne, la banalité des jours qui se succèdent dans un climat d’apparence harmonieuse et normalisé. C’est sans doute pourquoi plus personne ne parle aujourd’hui de cette tragédie. Oublier, le plus vite et le plus complètement possible…. Un grand film, profondément dérangeant, sur la violence qui fermente sous le vernis des institutions et de la civilisation.

Maxime TANDONNET

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