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Echange avec Etienne Tarride

dimanche 14 janvier 2018 - 14:56

Cher Monsieur Tandonnet

Vous posez de manière quasiment explicite une question redoutable pour tout Gaulliste, celle de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.
Il serait trop facile de s’en tirer en affirmant que ce mode d’élection était nécessaire à l’époque mais est devenu obsolète pour telle ou telle raison. Il faut en revanche rappeler quatre considérations fondamentales.
– L’instauration du quinquennat qui fait coïncider dans le temps les mandats du Président et de l’Assemblée a considérablement aggravé les choses.
– Tous les Présidents de la République après Georges Pompidou ont été élus par défaut, c’est à dire par hostilité à leurs adversaires principaux.
– Les Présidents réélus l’ont, l’un et l’autre, été en qualité de candidats de l’opposition du fait le la cohabitation.
– Les seconds mandats ont été infiniment plus négatifs que les premiers, alors que le Président pouvait juridiquement se représenter.

Rien ne permet de penser, bien au contraire, que l’abrogation de l’élection présidentielle au suffrage universel ne créerait pas un retour aux conditions de faiblesse de la 3 ème et 4 ème République, l’instabilité gouvernementale chronique. Dans un système d’Assembléet s’ils avaient été au pouvoir donc Premiers Minsitres, Sarkozy aurait été renversé plusieurs fois, Hollande beaucoup plus, Macron n’aurait pas survécu à la réduction des APL.

Ceux qui se refusent à détruire ce que De Gaulle a voulu, et j’en fais partie, la moins mauvaise solution me semble être le retour au septennat mais unique, c’est à dire que le Président ne pourrait jamais se représenter. On peut espérer alors, sans en avoir la certitude, mais cette certitude n’existe pas sur la terre, qu’il se consacrerait à l’essentiel.

Etienne Tarride

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Cher Monsieur Tarride,

J’approuve l’ensemble de votre constat, plus encore votre proposition sur le septennat unique, et votre message me fournit une occasion de préciser ma réflexion sur ces thèmes.

Il me semble que l’opposition entre régime d’assemblée et  régime présidentiel est dépassée et n’a plus grand sens. Les institutions ne sont pas une fin en soi: elles ne comptent que par leur impact sur l’intérêt général, le bien commun d’une nation. Or, depuis une quarantaine d’années, sauf à fermer les yeux, nous voyons bien que la situation de la France, même si son régime n’est plus formellement un régime d’assemblée,  se dégrade sur tous les plans (violences, dette, fiscalité, chômage, éducation nationale, autorité de l’Etat, chaos sociétal, maîtrise des frontières, etc.)

Le régime d’assemblée de la IIIe république et de la IVe était profondément nocif, car il favorisait l’instabilité gouvernementale, donc rendait la France ingouvernable, sauf en certaines périodes (Méline, Waldeck, Clemenceau…)

Mais il se trouve qu’aujourd’hui, la situation n’est pas meilleure. Le régime actuel, la Ve travestie, bénéficie de l’illusion de la stabilité du personnel politique, mais son incapacité à améliorer la réalité me semble encore encore plus avérée.

Entièrement fondé sur l’image narcissique, il se traduit par une fuite dans la démagogie, les manipulations, le déni constant des réalités et de l’intérêt général. Le culte de la personnalité, comme masque de la crise profonde, ne correspond en rien au projet gaullien. Le mal du régime d’assemblée, le carriérisme, le culte de la vanité, l’obsession de la réélection au prix de toutes les démagogies et renoncement, a gangrené l’Etat. Le régime actuel reprend tels quels les maux du régime d’assemblée, mais en pire, car figés, immobiles, incrustés dans la roche.

Je n’ai guère de doute qu’un château bâti sur le sable des illusions et des émotions, est fragile et menace de s’effondrer  à tout moment. Le désastre surviendra au moment où nul ne l’attendra. La réforme des institutions est certes nécessaires mais elle n’est pas l’essentiel. C’est un changement d’état d’esprit général des politiques, des élites médiatiques et économiques, mais aussi une prise de conscience populaire, un retour à la notion d’intérêt général qui peut nous sauver et sur lequel il faut fonder notre espérance. C’est à cela qu’il faut travailler.

Bien cordialement

Maxime Tandonnet

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