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Au-delà de la polémique, l’enjeu démographique africain

jeudi 13 juillet 2017 - 16:02

Ci dessous, ma dernière tribune au Figaro Vox, ce matin, à la suite des déclarations de M. Macron qui ont provoqué une polémique invraisemblable.


La polémique stérile est devenue une figure imposée de la vie politico-médiatique française. Un mot, une phrase, ressentis comme sortant des sentiers battus de la pensée correcte, et la crise d’hystérie se déclenche. Le psychodrame de la semaine est venu du chef de l’Etat en personne. « Des pays ont encore sept à huit enfants par femme. Vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». Cette déclaration a provoqué un tollé dans une partie de la presse et des médias. Le mot de « racisme » a même été lâché. Ces paroles méritent-elles une pareille accusation? Le sujet de la démographie africaine doit-il relever du tabou absolu?
En vérité, d’après la division des populations de l’ONU, le taux de fécondité moyen de l’Afrique subsaharienne est de 5,4 enfants par femme, contre 1,5 en Europe. Toutefois, il est de 7,6 enfants au Niger, 7,1 en Somalie, 6,8 au Mali et au Tchad. A cet égard, M. Macron n’a fait qu’énoncer une réalité.
D’après les estimations de l’ONU, le nombre d’habitants du continent africain, de 808 millions en 2000 atteint aujourd’hui 1,2 milliard et sera de 4,2 milliards en 2100, soit un tiers de la population mondiale. L’Afrique sera alors 9 fois plus peuplée que l’Europe (500 millions d’habitants). Or, la démographie relève de tendances lourdes, difficiles à infléchir sur une ou deux générations: 41% des Africains ont aujourd’hui moins de 15 ans et rien ne laisse prévoir pour l’instant une baisse de la natalité future.
La croissance économique permettra-t-elle à l’Afrique subsaharienne de nourrir cette population et de vivre dignement? Telle est la vraie question… Or, la course de vitesse entre les courbes de la croissance démographique et de la croissance économique est loin d’être gagnée. Depuis deux ans, la première, de 2,7% par an, excède même la seconde (1,5% en 2016 et 2,5% en 2017 selon la Banque mondiale) même si quelques pays réalisent plus de 7% de croissance économique (Ethiopie, Rwanda, Tanzanie). La pauvreté est globalement en recul en Afrique, mais les inégalités internationales se creusent. Ainsi, selon la banque mondiale, le revenu annuel moyen en France est de $42 250 et celui du Niger de $410: une différence de plus de 1 à 100! 250 millions d’Africains sont sous-alimentés (PNUD). Un tiers des enfants n’est pas scolarisé.
Toute l’histoire de l’humanité démontre que le développement économique et l’accès à la prospérité s’accompagnent d’une transition démographique et d’une chute de la fécondité. Pourquoi l’Afrique subsaharienne ferait-elle exception à ce constat ? Il n’est pas illégitime de souligner, comme l’a fait M. Macron, le lien entre démographie et développement.
L’enjeu est colossal pour l’avenir de la planète. Si l’Afrique ne s’engage pas à la fois dans un processus de stabilisation de sa démographie et de progrès économiques, politiques et sociaux de grande ampleur dans les décennies à venir, ce continent risque de devenir une poudrière. L’émergence de gigantesques métropoles livrées à la misère se traduira alors par une explosion de conflits ethniques et religieux, une montée des fanatismes, de la violence et du terrorisme. L’émigration fournira sans doute une solution à une partie de la population mais elle se heurtera inévitablement aux limites des capacités d’accueil et aux enjeux de cohésion sociale des pays de destination. Si l’Afrique devait sombrer dans le chaos, à l’horizon du siècle à venir, l’Europe y plongerait avec elle. L’avenir de l’Europe et celui de l’Afrique sont indissociables.
Il est entendu que le futur de l’Afrique dépend des Africains eux-mêmes. Cependant, dans un monde global, certaines questions fondamentales relatives à l’Afrique s’imposent aussi à l’échelle planétaire: le volume et la réforme de l’aide au développement ; les règles du commerce international; l’action internationale pour faciliter la modernisation économique, politique et sociale, la stabilisation et la transition démographique du continent africain. L’émancipation de la femme par l’instruction et le contrôle des naissances, notamment, est un sujet de caractère universel qui devrait transcender toute forme de tradition.
L’avenir du continent africain représente sans doute l’un des grands enjeux planétaires du siècle. Le destin de l’Afrique au cœur de l’avenir de l’humanité, mérite mieux qu’un procès en inquisition et une misérable polémique franco-française.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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